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{"id":20,"date":"2011-05-03T09:36:55","date_gmt":"2011-05-03T09:36:55","guid":{"rendered":"http:\/\/aublet.eu\/wordpress\/?p=20"},"modified":"2011-05-03T15:33:50","modified_gmt":"2011-05-03T15:33:50","slug":"linnovation-une-force-motrice-complexe-et-ambigue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/2011\/05\/linnovation-une-force-motrice-complexe-et-ambigue\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Innovation : une force motrice complexe et ambigu\u00eb"},"content":{"rendered":"<p>Bien qu\u2019officiellement consacr\u00e9e par les institutions \u00e9conomiques internationales (OCDE, UE), comme force motrice essentielle du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, l\u2019innovation\u00a0reste un ph\u00e9nom\u00e8ne mal identifi\u00e9 et difficilement mesurable.<\/p>\n<p>Tandis que le langage courant l\u2019assimile fr\u00e9quemment \u00e0 tout comportement ou objet in\u00e9dit, le monde des ing\u00e9nieurs ne le distingue gu\u00e8re de l\u2019invention et limite g\u00e9n\u00e9ralement son terrain \u00e0 celui des nouvelles technologies. Mais, lorsque l\u2019\u00e9conomiste, par souci de r\u00e9alisme, se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la pratique des entreprises, une\u00a0 d\u00e9finition \u00e0 la fois plus \u00e9troite et plus large, propos\u00e9e par les consultants et conforme \u00e0 la tradition schump\u00e9t\u00e9rienne, s\u2019impose \u00e0 lui\u00a0: une innovation est une \u00ab\u00a0nouvelle mani\u00e8re de cr\u00e9er de la valeur\u00a0\u00bb- (autrement dit de faire du profit)\u00a0: sans validation par le march\u00e9 (au sens large), l\u2019innovation n\u2019existe pas et cette\u00a0 \u00e9vidence permet d\u2019en pr\u00e9ciser les caract\u00e9ristiques et les effets.<\/p>\n<p>L\u2019innovation, en tant qu\u2019instrument de conqu\u00eate d\u2019un avantage concurrentiel proc\u00e8de d\u2019un comportement strat\u00e9gique d\u2019entreprise. Toutes les innovations ne prennent pas leur source dans la science ou la technologie\u00a0: il existe de nombreux exemples de \u00ab\u00a0business\u00a0\u00bb profitable, fond\u00e9s sur des mani\u00e8res originales de cr\u00e9er de la valeur, qui ne doivent rien \u00e0 la recherche scientifique ou technologique (Club Med\u00a0; compagnies a\u00e9riennes low-cost\u2026 ).<\/p>\n<p>Les rapports avec la science et la technologie lorsqu\u2019ils existent, ne sont pas forc\u00e9ment de type amont\/aval. A c\u00f4t\u00e9 des innovations \u00a0science-based (pharmacie par exemple), on trouve des innovations qui sont seulement stimul\u00e9es par les nouvelles technologies (innovations financi\u00e8res) et des innovations qui profitent d\u2019un environnement structur\u00e9 par de nouvelles technologies mais qui ne sont pas elles-m\u00eames fond\u00e9es sur des technologies nouvelles\u00a0; ainsi, actuellement, des grappes fructueuses d\u2019innovations organisationnelles ou commerciales s\u2019articulent sur les nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication sans \u00eatre elles-m\u00eames d\u2019origine technique.<\/p>\n<p>L\u2019innovation doit \u00eatre con\u00e7ue davantage comme un processus complexe impliquant\u00a0 de nombreuses et changeantes relations et de nombreux acteurs, que comme un encha\u00eenement syst\u00e9matique de causes et d\u2019effets. Certains sp\u00e9cialistes parlent de \u00ab\u00a0mod\u00e8le spaghetti\u00a0\u00bb pour repr\u00e9senter la dynamique de l\u2019innovation. La mesure et la mod\u00e9lisation du ph\u00e9nom\u00e8ne constituent donc un d\u00e9fi redoutable pour les \u00e9conom\u00e8tres. La plupart d\u2019entre eux essaient de le saisir\u00a0 \u00e0 diff\u00e9rents moments de son d\u00e9veloppement, par des \u00ab\u00a0proxy\u00a0\u00bb telles que d\u00e9penses de R&amp;D, brevets, innovations proprement dites (au sens de mise sur le march\u00e9)\u00a0; toutefois, ces indicateurs sont h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et n\u2019ont, entre eux, aucune relations simple, stable et lin\u00e9aire permettant une mod\u00e9lisation l\u00e9gitime. Ainsi, \u00e0 d\u00e9faut de meilleurs rep\u00e8res, les brevets et les d\u00e9penses de R&amp;D sont-ils tellement souvent utilis\u00e9s qu\u2019on en oublie fr\u00e9quemment qu&rsquo;ils ne co\u00efncident pas avec l&rsquo;innovation.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres approches empiriques de l&rsquo;innovation ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es\u00a0mais, tout en enrichissant la les techniques de mesure, elles complexifient l\u2019analyse en fournissant des r\u00e9sultats qualitativement diff\u00e9rents de ceux \u00e9voqu\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment dans la mesure o\u00f9 elles se r\u00e9f\u00e8rent davantage \u00e0\u00a0 l&rsquo;id\u00e9e de processus\u00a0:<\/p>\n<p>\u2022 L&rsquo;Union Europ\u00e9enne publie ainsi r\u00e9guli\u00e8rement un classement des pays de l&rsquo;Union reposant sur l&rsquo;usage de 25 indicateurs qui mesurent leur capacit\u00e9 innovatrice (IUS : Innovation Union Scoreboard).<\/p>\n<p>\u2022 L&rsquo;OCDE a mis au point un protocole d&rsquo;enqu\u00eate portant sur l&rsquo;innovation (Manuel d&rsquo;Oslo) qui sert de base \u00e0 une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement par l&rsquo;Union europ\u00e9enne dans les diff\u00e9rents pays. Ce protocole, lui-m\u00eame \u00e9volutif est fond\u00e9 sur de nombreuses conventions. Quatre d\u2019entre elles sont particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrices de la nature particuli\u00e8re du ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019innovation\u00a0: l\u2019objet du rep\u00e9rage est l&rsquo;activit\u00e9 innovatrice d&rsquo;un acteur, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;effort de cr\u00e9ation d&rsquo;une nouveaut\u00e9, et non son r\u00e9sultat (principe d&rsquo;approche sujet)\u00a0; l&rsquo;enqu\u00eate est r\u00e9alis\u00e9e aupr\u00e8s des entreprises ayant innov\u00e9 ou susceptibles d&rsquo;innover\u00a0; l&rsquo;enqu\u00eate est d\u00e9clarative : les responsables sollicit\u00e9s pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;enqu\u00eate doivent d\u00e9clarer eux-m\u00eames s&rsquo;ils innovent ou non\u00a0; la nouveaut\u00e9 \u00e0 laquelle est identifi\u00e9e l&rsquo;innovation est relative : il ne s&rsquo;agit pas de retenir uniquement ce qui est nouveau dans l&rsquo;absolu (par exemple l&rsquo;iPhone d&rsquo;Apple), mais de tenir compte de ce qui traduit un effort de cr\u00e9ation de nouveaut\u00e9 pour l&rsquo;entreprise. Ainsi, l&rsquo;activit\u00e9 imitatrice (par exemple le Smartphone de Samsung) est consid\u00e9r\u00e9e comme une innovation parce qu&rsquo;elle implique de la part de l&rsquo;entreprise un effort sp\u00e9cifique de cr\u00e9ation et de mise en place industrielle d&rsquo;un produit ou d&rsquo;un proc\u00e9d\u00e9 nouveau pour elle.<\/p>\n<p>La complexit\u00e9 et l\u2019interactivit\u00e9 du processus d\u2019innovation engendrent un d\u00e9ploiement des effets de celle-ci bien au-del\u00e0 de l\u2019espace \u00e9conomique\u00a0: la destruction cr\u00e9atrice qui accompagne sa trajectoire constitue simultan\u00e9ment un moteur efficace du d\u00e9veloppement et un agent perturbateur des syst\u00e8mes g\u00e9ographiques, sociaux et politiques. Son bilan global ne doit donc pas \u00eatre seulement trait\u00e9 en termes de co\u00fbts\/b\u00e9n\u00e9fices \u00e9conomiques \u00e0 court terme.<\/p>\n<p>Pour pr\u00e9ciser\u00a0 pourquoi, comment et jusqu\u2019\u00e0 quel point cette force motrice de l\u2019\u00e9conomie peut am\u00e9liorer le bien-\u00eatre collectif, il faut donc se poser\u00a0 trois questions principales\u00a0:<br \/>\n\u2022 Qui sont les acteurs de l\u2019innovation\u00a0?<br \/>\n\u2022 En quoi consiste la force motrice de l\u2019innovation pour l\u2019\u00e9conomie\u00a0?<br \/>\n\u2022 Comment\u00a0 \u00e9valuer les effets de l\u2019innovation en termes de bien-\u00eatre pour pr\u00e9ciser les cibles des d\u00e9cisions politiques en la mati\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p><strong>1. Qui sont les acteurs de l\u2019innovation et quelles sont leurs motivations\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Au contraire des acteurs de la recherche scientifique qui sont facilement rep\u00e9rables, les acteurs de l\u2019innovation appartiennent \u00e0 de multiples univers, car la r\u00e9ussite du processus qui va de l\u2019id\u00e9e au march\u00e9, d\u00e9pend de comp\u00e9tences et de connaissances diverses et entrem\u00eal\u00e9es.<\/p>\n<p>A la source du processus, deux figures principales se d\u00e9tachent\u00a0: l\u2019entrepreneur (individu ou collectif) qui con\u00e7oit le projet et le(s) financier(s) qui apporte(nt) les premiers capitaux (\u00ab\u00a0love-money\u00a0\u00bb &#8211; busines-angels \u2013 \u00ab\u00a0capital-risqueurs\u00a0\u00bb), s\u2019associent \u00e0 ce projet et en partage(nt) le risque. Ces deux types d\u2019acteurs sont compl\u00e9mentaires et un peu \u00ab\u00a0complices\u00a0\u00bb car ils ont pour objectif commun de tirer le maximum de profit de ce produit ou proc\u00e9d\u00e9\u00a0 nouveau.<\/p>\n<p>Puis, au cours du processus qui va de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0id\u00e9e\u00a0\u00bb initiale \u00e0 la validation de l\u2019innovation par le march\u00e9\u00a0 et au d\u00e9veloppement de la production, de nombreux autres acteurs\u00a0interviennent :<br \/>\n\u2022 Les membres de l\u2019\u00e9quipe-projet qui associe des chercheurs et (ou) techniciens, mais aussi des commerciaux, des gestionnaires et un ou plusieurs managers.<br \/>\n\u2022 Les collectivit\u00e9s et institutions publiques qui soutiennent ou participent au projet<br \/>\n\u2022 Les services interm\u00e9diaires, publics ou priv\u00e9s (Knowledge Intensive Business Services\u00a0: KIBS), qui assument des fonctions de catalyse et de traduction pour \u00ab\u00a0faire prendre la mayonnaise\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A ces acteurs qui ont un r\u00f4le direct dans le d\u00e9roulement du processus, il faut ajouter les salari\u00e9s mais aussi les fournisseurs et les clients de la firme ainsi que les concurrents qui tous interviennent de mani\u00e8re entrem\u00eal\u00e9e\u00a0 et interactive, sous des formes diverses\u00a0: salariat \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e\u00a0; contrat de coop\u00e9ration\u00a0; partenariat plus ou moins formel, notamment dans les apprentissages\u00a0;\u00a0 mutualisation des co\u00fbts de d\u00e9veloppement \u2026<\/p>\n<p>La vari\u00e9t\u00e9 et la complexit\u00e9 de ces implications rendent l\u2019analyse et la mod\u00e9lisation des objectifs et comportements de ces acteurs tr\u00e8s difficiles\u00a0; ainsi, l\u2019intervention des chercheurs scientifiques ne se limite pas \u00e0 la phase \u00ab\u00a0amont\u00a0\u00bb et peut prendre des formes diverses selon leur statut \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019entreprise innovante, mais aussi selon l\u2019\u00e2ge, la taille et le secteur de celle-ci. La relation entre d\u00e9penses de R&amp;D et \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb d\u2019innovation n\u2019est donc ni simple ni directe comme le supposent les mod\u00e8les \u00ab\u00a0lin\u00e9aires\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0production d\u2019innovation\u00a0\u00bb qui fondent la plupart des politiques publiques de recherche et d\u2019innovation.<\/p>\n<p>En raison de ces caract\u00e9ristiques, l\u2019analyse \u00e9conomique du processus d\u2019innovation, malgr\u00e9 ses r\u00e9cents progr\u00e8s, reste pr\u00e9caire, de sorte que toute pr\u00e9vision en mati\u00e8re de performance des firmes et des nations appara\u00eet hasardeuse.<\/p>\n<p>Au niveau global, certains \u00e9conomistes ont tent\u00e9 de repr\u00e9senter le processus d&rsquo;innovation en tenant compte de sa complexit\u00e9, de son inscription dans la dur\u00e9e ainsi que de la pluralit\u00e9 et de l\u2019interaction des acteurs impliqu\u00e9s dans des ph\u00e9nom\u00e8nes de bouclage ou d&rsquo;it\u00e9ration \u00e0 diff\u00e9rents stades du processus. Le \u00ab\u00a0mod\u00e8le\u00a0\u00bb le plus c\u00e9l\u00e8bre est celui propos\u00e9 par Kline et Rosenberg qui repose sur une s\u00e9quentialisation du processus central (\u00ab\u00a0\u00e9pine dorsale\u00a0\u00bb), sur laquelle viennent se greffer d&rsquo;autres op\u00e9rations mettant en jeu la recherche fondamentale, les connaissances scientifiques et techniques disponibles ou nouvellement produites. Peuvent \u00eatre ainsi mis en lumi\u00e8re les feedbacks par lesquels des activit\u00e9s aval (production, commercialisation par exemple) r\u00e9troagissent sur des activit\u00e9s amont (analyse du march\u00e9 potentiel, activit\u00e9 de recherche appliqu\u00e9e ou de conception \u2013 design).<\/p>\n<p>D\u2019autre part, une d\u00e9marche plus institutionnaliste, mettant davantage en lumi\u00e8re les acteurs que les op\u00e9rations propose l\u2019\u00e9tude des Syst\u00e8mes Nationaux d&rsquo;Innovation, con\u00e7us, pour chaque territoire national comme l&rsquo;ensemble des interactions gr\u00e2ce auxquelles des acteurs concourent collectivement, de fa\u00e7on non totalement coordonn\u00e9e, \u00e0 la production d&rsquo;innovations : firmes,\u00a0\u00a0 organismes de recherche publics, syst\u00e8me \u00e9ducatif, d\u00e9cideurs institutionnels nationaux ou locaux, acteurs financiers\u2026<\/p>\n<p>L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ces deux types de d\u00e9marches est de sugg\u00e9rer fortement que l&rsquo;innovation est un processus qui se d\u00e9ploie dans le temps, dans un espace qui est structur\u00e9, et qu&rsquo;il a un caract\u00e8re collectif sinon soci\u00e9tal. Il s&rsquo;agit cependant davantage de repr\u00e9sentations que de \u00ab\u00a0mod\u00e8les\u00a0\u00bb au sens de repr\u00e9sentation formalis\u00e9e math\u00e9matiquement\u00a0; on ne peut donc gu\u00e8re en tirer de formule magique pour\u00a0 construire des politiques d\u2019innovation optimales.<\/p>\n<p>Au niveau des comportements d\u2019acteurs, l\u2019\u00e9laboration de mod\u00e8les d\u2019optimisation se heurte au probl\u00e8me de leur h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 qui est un autre aspect de la complexit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. Il est difficile de consid\u00e9rer que toutes les firmes se comportent de fa\u00e7on homog\u00e8ne ou m\u00eame comparable ou que les consommateurs r\u00e9agissent tous de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 la nouveaut\u00e9. En outre, il faut tenir compte du fait que les logiques industrielles ne sont pas identiques d&rsquo;un secteur \u00e0 l&rsquo;autre. Certains \u00e9conomistes ont donc essay\u00e9 de cr\u00e9er des typologies afin de saisir ces h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s\u00a0; toutefois, ces classifications, certes commode, mais trop simplistes, se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es r\u00e9ductrices, non pertinentes sinon d\u00e9formatrices. La typologie la plus connue et la plus simple, emprunt\u00e9e \u00e0 Schumpeter consiste \u00e0 distinguer les grandes firmes des petites en supposant les premi\u00e8res plus innovatrices que les secondes. Or, malgr\u00e9 un demi-si\u00e8cle d&rsquo;\u00e9tudes \u00e9conom\u00e9triques et statistiques qui ont tent\u00e9 cette comparaison sous tous les angles, cette hypoth\u00e8se n\u2019a pu \u00eatre confirm\u00e9e.<\/p>\n<p>Sans doute vaudrait-il donc mieux raisonner de mani\u00e8re moins statique en tenant compte de la d\u00e9mographie et de la compl\u00e9mentarit\u00e9 des entreprises\u00a0: ainsi le rachat de start-up (petites firmes nouvelles innovantes) par les grandes firmes install\u00e9es a pu \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne particuli\u00e8rement important\u00a0 \u00e0 la fin du si\u00e8cle pass\u00e9 (p\u00e9riode dite de la Nouvelle \u00e9conomie). Enfin, le ph\u00e9nom\u00e8ne de taille se combine g\u00e9n\u00e9ralement avec des disparit\u00e9s sectorielles\u00a0: alors que la taille semble un facteur favorable dans les secteurs traditionnels, les secteurs High-tech regroupent des entreprises qui sont petites et moyennes du fait de leur jeunesse en m\u00eame temps que tr\u00e8s enclines \u00e0 innover pour maintenir leur d\u00e9veloppement exponentiel.<\/p>\n<p>Toutes ces incertitudes et ambigu\u00eft\u00e9s de l\u2019analyse \u00e9conomique soulignent le caract\u00e8re encore myst\u00e9rieux du processus d\u2019\u00e9mergence et de diffusion de l\u2019innovation qui contraste avec son efficacit\u00e9 universellement reconnue comme facteur de comp\u00e9titivit\u00e9 des nations et moteur de leur croissance.<\/p>\n<p><strong>2. Comment l\u2019innovation\u00a0 agit-elle en force motrice du d\u00e9veloppement \u00e9conomique\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La science \u00e9conomique est actuellement confront\u00e9e \u00e0 un cruel paradoxe\u00a0: alors que tous les \u00e9conomistes et les responsables de politique \u00e9conomique sont d\u2019accord pour voir dans l\u2019innovation le moteur le plus puissant de la dynamique \u00e9conomique de long terme\u00a0au travers de fluctuations longues engendr\u00e9es par des innovations radicales (machines \u00e0 vapeur\u00a0; \u00e9lectricit\u00e9\u00a0; technologies de l\u2019information et de la communication\u2026., ), l\u2019innovation reste largement\u00a0 inconnue de la th\u00e9orie macro-\u00e9conomique standard qui ne lui fait qu\u2019une place allusive sous la forme d\u2019un progr\u00e8s technique qui est cens\u00e9 multiplier le rendement des facteurs naturels (mati\u00e8res premi\u00e8res et travail). Or, l\u2019innovation comporte en fait deux dimensions\u00a0:<\/p>\n<p>\u2022 Une dimension productiviste (machinisme, robotique, automatisme, engrais artificiels\u2026 ) qui engendra des effets spectaculaires dans l\u2019industrie et l\u2019agriculture au 19\u00e8me et 20\u00e8me si\u00e8cles\u00a0et , par suite,\u00a0 la baisse des co\u00fbts de production, l\u2019augmentation des salaires et la consommation de masse caract\u00e9ristiques de la p\u00e9riode dite \u00ab\u00a0des trente glorieuses\u00a0\u00bb<br \/>\n\u2022 Une dimension diff\u00e9renciatrice\u00a0(nouveaux produits ou services\u00a0; diff\u00e9renciation par la qualit\u00e9\u00a0; nouveaux modes d\u2019organisation\u2026) qui \u00e9largit la gamme des choix du consommateur\u00a0 et structure la comp\u00e9titivit\u00e9 \u00abhors-prix\u00bb par des effets de monopole provisoire. Or, ce deuxi\u00e8me type d\u2019innovation semble aujourd\u2019hui dominer la\u00a0 comp\u00e9tition internationale.<\/p>\n<p>Dans les deux cas l\u2019effet macro-\u00e9conomique prend naissance dans une comp\u00e9titivit\u00e9 accrue des entreprises qui innovent\u00a0: en distribuant des revenus croissants mais aussi en achetant\u00a0 des biens d\u2019\u00e9quipement et des fournitures, elles enclenchent des effets multiplicateurs dans toute l\u2019\u00e9conomie. En revanche, les effets sur l\u2019emploi sont diff\u00e9rents\u00a0: l\u2019innovation de productivit\u00e9 tend, par nature, \u00e0 condamner et \u00e0 d\u00e9truire les emplois du pass\u00e9\u00a0 (ch\u00f4mage technologique), tandis que l\u2019innovation de diff\u00e9renciation est cr\u00e9atrice de nouvelles activit\u00e9s et de nouveaux emplois.<\/p>\n<p>Au total, l\u2019innovation est donc fatalement destructrice des vieilles cellules (entreprises, qualifications, r\u00e9gions..) qui sont les moins productives, en m\u00eame temps que g\u00e9n\u00e9ratrice\u00a0\u00a0 des cellules neuves plus comp\u00e9titives (nouveaux champs d\u2019activit\u00e9, nouvelles qualifications). Elle est donc d\u00e9structurante\u00a0 pour l\u2019appareil productif et d\u00e9stabilisante pour les acteurs \u00e9conomiques et sociaux.<\/p>\n<p>Finalement pour toute collectivit\u00e9, l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des comportements et des processus qui d\u00e9clenchent et entretiennent les manifestations et les effets de la diffusion des innovations dans l\u2019espace \u00e9conomique et social\u00a0 invalide toute tentative d\u2019analyse globale et justifie une approche sectorielle du r\u00f4le moteur de l\u2019innovation. La r\u00e9sultante en termes de croissance et d\u2019emploi, d\u2019un flux d\u2019innovations, n\u2019est donc pas seulement d\u00e9termin\u00e9e par l\u2019\u00e9volution de la productivit\u00e9 des facteurs g\u00e9n\u00e9riques, mais par la vitesse relative des processus de cr\u00e9ation et de destruction d\u2019activit\u00e9s et d\u2019emplois d\u00e9clench\u00e9s et entretenus par l\u2019imagination et le go\u00fbt du risque qui caract\u00e9risent\u00a0 la population concern\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;analyse du r\u00f4le moteur de l&rsquo;innovation et\u00a0 de ses effets sur la comp\u00e9titivit\u00e9 des pays implique donc une approche sectorielle permettant de mettre en lumi\u00e8re la vari\u00e9t\u00e9 de ses effets selon les activit\u00e9s. L\u2019exemple suivant\u00a0tir\u00e9 d&rsquo;un document publi\u00e9 par l&rsquo;INSEE et concernant les r\u00e9sultats relatifs \u00e0 la France fournis par la 4\u00e8me enqu\u00eate communautaire (Services et industrie : diff\u00e9rents types d&rsquo;innovation pour am\u00e9liorer les performances, 2009), illustre clairement cette n\u00e9cessit\u00e9 puisque le graphique ci-dessous fournit deux enseignements :<\/p>\n<p>\u2022 \u00e0 moyen terme, les secteurs, class\u00e9s selon leur nature ou niveau technologique, ont des performances commerciales (en termes de parts de march\u00e9 conquises) assez fortement discrimin\u00e9es\u00a0: deux groupes de secteurs (services intellectuels et industries de basse technologie) ont des gains de parts de march\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s inexistants alors que les industries de haute technologie finissent par gagner pr\u00e8s de 30% et les services technologiques environ 15%.<br \/>\n\u2022 les profils temporels des gains de comp\u00e9titivit\u00e9 (variation des parts de march\u00e9) sont eux aussi diff\u00e9rents si bien que le classement des secteurs selon leurs performances n&rsquo;est pas stable : le groupe des services technologiques est le plus performant jusqu&rsquo;\u00e0 la troisi\u00e8me ann\u00e9e, pr\u00e9c\u00e9dant les industries de haute technologie ; le groupe des services intellectuels, qui est le moins performant \u00e0 terme, pr\u00e9c\u00e8de le groupe des industries de basse technologie jusqu&rsquo;\u00e0 la deuxi\u00e8me ann\u00e9e. L&rsquo;\u00e9valuation comparative de l&rsquo;effet moteur sectoriel de l&rsquo;innovation peut\u00a0 \u00eatre diff\u00e9rente selon le moment o\u00f9 l&rsquo;observation est faite.<\/p>\n<p>Une autre illustration de cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 est fournie par une \u00e9tude sectorielle du Cabinet de Conseil McKinsey portant sur l&rsquo;industrie fran\u00e7aise, (Donner un nouvel \u00e9lan \u00e0 l&rsquo;industrie en France)\u00a0; elle fournit une typologie des secteurs class\u00e9s en fonction de leur innovativit\u00e9 et montre que l\u2019industrie fran\u00e7aise souffre d\u2019un effet de composition dans la mesure o\u00f9 le dynamisme en termes de comp\u00e9titivit\u00e9 (23% des exportations\/14% des importations ) des trop peu nombreux secteurs innovateurs (18% de la valeur ajout\u00e9e et 16% des emplois),\u00a0\u00a0 ne permet pas de compenser les pi\u00e8tres performances des secteurs les plus routiniers et les plus soumis \u00e0 la concurrence par les co\u00fbts, qui repr\u00e9sentent encore en 2006 30% de la valeur ajout\u00e9e, 35% de l\u2019emploi et 42% des importations.<\/p>\n<p>Ces relations entre les diff\u00e9rentiels de capacit\u00e9 innovatrice des secteurs et les performances globales de l\u2019industrie mettent clairement en lumi\u00e8re la complexit\u00e9 du\u00a0 cheminement des effets du processus de \u00ab\u00a0destruction cr\u00e9atrice\u00a0\u00bb engendr\u00e9e par les innovations, sur les indicateurs globaux en termes de comp\u00e9titivit\u00e9 mais aussi en termes de cr\u00e9ation d\u2019activit\u00e9 et d\u2019emploi domestiques.<\/p>\n<p><strong>3. Comment \u00e9tablir le bilan \u00ab\u00a0bien-\u00eatre\u00a0\u00bb de l\u2019innovation et d\u00e9finir une politique ad\u00e9quate\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Par hypoth\u00e8se l\u2019innovation produit de la valeur pour les entreprises qui en prennent le risque. Par agr\u00e9gation, elle est donc source d\u2019augmentation du PIB global. Mais comment tenir compte du fait que cette valeur ajout\u00e9e n\u2019est ni enti\u00e8rement quantifiable (effets qualitatifs ou structurels), ni automatiquement r\u00e9partie de mani\u00e8re\u00a0 \u00e9quitable\u00a0? Quelle unit\u00e9 de mesure adopter pour comptabiliser, en face de cet actif, les divers \u00e9l\u00e9ments de son passif afin d\u2019\u00e9tablir son \u00ab\u00a0bilan bien-\u00eatre\u00a0\u00bb \u00e0 long terme\u00a0? Jusqu\u2019\u00e0 quel point doit-on \u00e9largir cette \u00e9valuation\u00a0 pour tenir compte du fait que\u00a0 les cons\u00e9quences des innovations d\u00e9bordent largement l\u2019espace \u00e9conomique marchand pour perturber d\u2019autres champs, \u00a0social, environnemental et \u00e9thique\u00a0?<\/p>\n<p>\u2022\u00a0<strong>Cons\u00e9quences sociales\u00a0:<\/strong> par hypoth\u00e8se, la destruction cr\u00e9atrice fait des gagnants mais aussi des perdants de l\u2019innovation. (r\u00e9gression des r\u00e9gions dont les activit\u00e9s sont obsol\u00e8tes\u00a0; r\u00e9gression des emplois d\u2019ouvriers\u2026.).<br \/>\n\u2022<strong> Cons\u00e9quences\u00a0environnementales\u00a0:<\/strong> A l\u2019\u00e9puisement des ressources naturelles par les techniques\u00a0 productivistes\u00a0 (d\u00e9forestation\u00a0; \u00e9puisement des sols\u2026)\u00a0\u2026 s\u2019ajoutent, au passif du bilan de l\u2019innovation, les cons\u00e9quences sur les milieux naturels d\u2019\u00e9ventuelles\u00a0 catastrophes technologiques (nucl\u00e9aire \u2013 mar\u00e9es noires\u2026)\u00a0avec leurs effets sur la bio-diversit\u00e9, l\u2019extinction de certaines ressources\u00a0 et la rar\u00e9faction de biens publics tels que l\u2019eau, les paysages\u2026<br \/>\n\u2022\u00a0<strong>Cons\u00e9quences \u00e9thiques\u00a0:<\/strong> En regard des bienfaits incontestables apport\u00e9s notamment par les innovations de sant\u00e9 (allongement de la vie humaine, diminution\u00a0 de la p\u00e9nibilit\u00e9 du travail physique\u2026), des questions\u00a0graves se posent en ce qui concerne l\u2019avenir des \u00eatres humains et de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: jusqu\u2019o\u00f9 peut-on aller, par exemple,\u00a0 dans la transformation de l\u2019\u00eatre humain (Human Enhancement), pour gagner de l\u2019argent ou pour gagner la guerre\u00a0(nouveaux march\u00e9s de m\u00e9dicaments ou cosm\u00e9tiques contre le vieillissement ou innovations de produits permettant de supprimer la peur chez les militaires )\u00a0? Ou encore, jusqu\u2019o\u00f9 doit-on aller dans la substitution d\u2019artefacts aux \u00eatres humains (intelligence artificielle &#8211; conscience artificielle) dans une vis\u00e9e de performance\u00a0?<\/p>\n<p>Face \u00e0 ces enjeux, la pertinence et l&rsquo;efficacit\u00e9 des syst\u00e8mes de r\u00e9gulation \u00e9conomique et sociale de la dynamique de l\u2019innovation sont mises en cause\u00a0: quelle doit \u00eatre la place respective du march\u00e9 et de l\u2019Etat en la mati\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p>Pour l\u2019\u00e9conomie orthodoxe, le probl\u00e8me ne se pose pas\u00a0: gr\u00e2ce \u00e0 K. Arrow qui dans un article publi\u00e9 en 1962, a \u00e9tabli que, malgr\u00e9 quelques difficult\u00e9s surmontables, l&rsquo;information et la connaissance pouvaient et devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des marchandises \u00e9changeables sur un march\u00e9, ce dernier reste le r\u00e9gulateur pertinent des transferts d&rsquo;information et de connaissance et la concurrence est une modalit\u00e9 plus performante que le monopole en mati\u00e8re d&rsquo;incitation \u00e0 l&rsquo;innovation. Toutefois, K. Arrow ajoutait une seconde prescription selon laquelle lorsque l\u2019on veut\u00a0 maximiser le bien \u00eatre collectif r\u00e9sultant de l&rsquo;exploitation d&rsquo;une connaissance disponible, l&rsquo;intervention de l&rsquo;Etat est encore plus efficace que la concurrence. Les \u00e9conomistes ont retenu et exploit\u00e9 la premi\u00e8re proposition et tr\u00e8s rarement la seconde, comme s&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s dans la lecture de cet article.<\/p>\n<p>Mais au del\u00e0 de la question de la\u00a0 \u00ab\u00a0marchandisation\u00a0\u00bb th\u00e9orique de la connaissance, c\u2019est la m\u00e9thode statique, men\u00e9e en terme d&rsquo;\u00e9quilibre, qui pose \u00e0 la th\u00e9orie \u00e9conomique le probl\u00e8me le plus grave par son inad\u00e9quation au traitement d&rsquo;un processus dynamique spatialis\u00e9 et complexe. Finalement les pouvoirs publics sont enferm\u00e9s dans une impasse puisqu\u2019ils doivent concilier la n\u00e9cessit\u00e9 reconnue aujourd&rsquo;hui de promouvoir l&rsquo;innovation, ce qui entra\u00eene l&rsquo;octroi de droits de monopole n\u00e9cessaires pour cr\u00e9er l&rsquo;incitation, avec la volont\u00e9, mise en avant par certains, de maintenir les conditions de la concurrence\u00a0: des contradictions irr\u00e9ductibles peuvent donc appara\u00eetre entre les diff\u00e9rentes missions des r\u00e9gulateurs. L\u2019exemple le plus significatif \u00e0 cet \u00e9gard, encore tr\u00e8s vivace \u00e0 Bruxelles, est celui du dilemme auquel sont confront\u00e9es les autorit\u00e9s charg\u00e9es de la d\u00e9fense de la\u00a0 concurrence\u00a0: le co\u00fbt important de la R&amp;D, le niveau de risque et la diversit\u00e9 des comp\u00e9tences n\u00e9cessaires justifient \u00e9conomiquement des alliances entre firmes (et \u00e9ventuellement avec des acteurs publics comme les laboratoires universitaires) mais, pendant longtemps, les autorit\u00e9s en charge de la protection de la concurrence ont consid\u00e9r\u00e9 que ce type d&rsquo;alliance pouvait \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 la mise en place d&rsquo;un cartel. En outre, les processus de d\u00e9cision publique ne sont pas exempts de complexit\u00e9 de sorte que des logiques politiques ou la promotion d&rsquo;int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s peuvent venir polluer la d\u00e9cision publique (exemple Servier).<\/p>\n<p>Finalement le probl\u00e8me de la l\u00e9gitimit\u00e9 du march\u00e9 comme r\u00e9gulateur de l\u2019activit\u00e9 d\u2019innovation d\u00e9borde largement l\u2019espace pratique de la gestion optimale de la capacit\u00e9 d\u2019innovation. De mani\u00e8re plus fondamentale on peut s&rsquo;interroger sur les limites du march\u00e9 dans sa fonction d\u2019optimisation de l\u2019activit\u00e9 d\u2019innovation pour atteindre \u00e0 terme l&rsquo;optimum collectif dans la mesure o\u00f9, dans le processus de destruction cr\u00e9atrice, il ne peut y avoir de co\u00efncidence entre l\u2019optimum collectif et la somme des optima individuels\u00a0: ainsi, l&rsquo;identification des besoins par des entreprises priv\u00e9es ob\u00e9issant principalement \u00e0 un imp\u00e9ratif de profit peut \u00eatre contest\u00e9e\u00a0;\u00a0 de nombreux observateurs ont \u00e9galement stigmatis\u00e9 l&rsquo;obsolescence programm\u00e9e qui consiste, pour les entreprises, \u00e0 ralentir l&rsquo;innovation de fa\u00e7on \u00e0 amortir au maximum les investissements pass\u00e9s\u00a0; par ailleurs, les march\u00e9s sont organis\u00e9s de telle fa\u00e7on qu&rsquo;il existe des \u00ab\u00a0angles morts\u00a0\u00bb : certaines cons\u00e9quences ne seront pas prises en consid\u00e9ration tant qu&rsquo;elles ne sont pas int\u00e9gr\u00e9es, de fa\u00e7on spontan\u00e9e ou sous contrainte, dans les calculs des acteurs. Plus syst\u00e9matiquement encore,\u00a0 l\u2019\u00e9conomie de l\u2019innovation confirme bien que le march\u00e9, con\u00e7u par Adam Smith comme le lieu\u00a0 id\u00e9al de confrontation et de conciliation des \u00e9go\u00efsmes individuels, ne peut faire \u00e9merger aucune norme \u00e9thique. Ce sont donc les instances gouvernementales qui doivent prendre en charge cette fonction tut\u00e9laire.<\/p>\n<p>Les \u00ab\u00a0d\u00e9faillances du march\u00e9\u00a0\u00bb r\u00e9gulateur et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, cet ensemble de conditions in\u00e9dites dans lesquelles les syst\u00e8mes \u00e9conomiques contemporains assimilent et r\u00e9gulent les processus cognitifs associ\u00e9s \u00e0 la dynamique de l\u2019innovation, ont conduit certains \u00e9conomistes \u00e0 sugg\u00e9rer l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un stade nouveau du capitalisme baptis\u00e9 capitalisme cognitif. Le principe fondateur de cette nouvelle configuration du capitalisme est que la connaissance est d\u00e9sormais l\u2019enjeu et la condition centrale de la cr\u00e9ation de valeur et de l\u2019accumulation de la richesse. Or les conditions de la valorisation et de l&rsquo;accumulation de la connaissance et des savoirs, scientifiques, techniques et\/ou professionnels ne peuvent \u00eatre satisfaites sur des bases identiques \u00e0 celles qui pr\u00e9sident \u00e0 l&rsquo;accumulation du capital physique. Alors que dans le capitalisme industriel, le profit proc\u00e8de du capital technique et de l\u2019organisation du travail, et que l&rsquo;accumulation porte pour l&rsquo;essentiel sur les machines, dans le capitalisme cognitif, la captation du profit proc\u00e8de de la cr\u00e9ation de rentes li\u00e9es \u00e0 la connaissance. Toutefois, dans ce r\u00e9gime, bien que les conditions de production et d&rsquo;accumulation des savoirs soient plus difficilement ma\u00eetrisables et pr\u00e9visibles (dans leurs rythmes et leurs effets) que le capital physique, les firmes s&rsquo;efforcent\u00a0 de les contr\u00f4ler. Le capitalisme cognitif associe donc le mode de production capitaliste et l&rsquo;accumulation permanente et syst\u00e9matique de la connaissance. Ce nouveau syst\u00e8me historique d&rsquo;accumulation de savoirs et de cr\u00e9ativit\u00e9 qui prend la forme d\u2019investissements immat\u00e9riels est donc \u00e0 la fois le d\u00e9terminant et la manifestation du processus acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 d\u2019innovation permanente.<\/p>\n<p>Finalement, en mati\u00e8re de politique d&rsquo;innovation, trois missions semblent devoir \u00eatre assign\u00e9es aux autorit\u00e9s publiques\u00a0:<br \/>\n<strong>1. Une mission \u00e9conomique<\/strong> de promoteur syst\u00e9mique ou de catalyseur (sinon d&rsquo;animateur) pour l\u2019innovation consistant \u00e0 fournir un environnement institutionnel et l\u00e9gislatif favorable aux initiatives entrepreneuriales, notamment par la cr\u00e9ation et la promotion de dispositifs facilitant les interactions entre acteurs, la cr\u00e9ation d\u2019externalit\u00e9s dynamiques et l\u2019exploitation de compl\u00e9mentarit\u00e9s (scientifiques, techniques, industrielles et commerciales).<br \/>\n<strong>2.\u00a0 Une mission d\u2019arbitrage<\/strong> et de d\u00e9finition de la politique d\u2019innovation\u00a0: choix des objectifs strat\u00e9giques nationaux de long terme (comp\u00e9titivit\u00e9, ind\u00e9pendance, attractivit\u00e9, croissance\u2026 ), en fonction d\u2019une hi\u00e9rarchie de finalit\u00e9s \u00e9conomiques, sociales ou environnementales, en assortissant ces choix de soutiens financiers ou autres coh\u00e9rents. G\u00e9n\u00e9ralement promue et mise en \u0153uvre dans un cadre national, une telle politique pour un pays comme la France,\u00a0 ne peut se concevoir en dehors du cadre europ\u00e9en et m\u00eame mondial ce qui, dans un syst\u00e8me de concurrence internationale implique, pour les pouvoirs publics, un effort de minimisation des incompatibilit\u00e9s et une m\u00e9thode de r\u00e9solution raisonn\u00e9e des conflits d\u2019objectifs.<br \/>\n<strong>3. Une mission tut\u00e9laire<\/strong> faite de soutien permanent pour le bon d\u00e9roulement des programmes et projets conform\u00e9ment\u00a0 aux objectifs d\u00e9finis collectivement\u00a0mais aussi de vigilance quant au respect des valeurs \u00e9thiques communes afin d\u2019\u00e9viter des d\u00e9rives irrespectueuses des \u00eatres humains ou des normes culturelles et sociales du pays en question.<\/p>\n<h1><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-weight: normal;\">Source : <\/span><\/span><span style=\"font-size: 13px; font-weight: normal;\"><a href=\"http:\/\/lecercle.lesechos.fr\/node\/34867\">http:\/\/lecercle.lesechos.fr\/node\/34867<\/a><\/span><\/h1>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div style=\"float: right; margin-left: 10px;\"><a href=\"https:\/\/twitter.com\/share\" class=\"twitter-share-button\" data-via=\"manuaublet\" data-hashtags=\"innovation,Non+class%C3%A9\" data-count=\"vertical\" data-url=\"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/2011\/05\/linnovation-une-force-motrice-complexe-et-ambigue\/\">Tweet<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bien qu\u2019officiellement consacr\u00e9e par les institutions \u00e9conomiques internationales (OCDE, UE), comme force motrice essentielle du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, l\u2019innovation\u00a0reste un ph\u00e9nom\u00e8ne mal identifi\u00e9 et difficilement mesurable. Tandis que le langage courant l\u2019assimile fr\u00e9quemment \u00e0 tout comportement ou objet in\u00e9dit, le monde &hellip; <a href=\"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/2011\/05\/linnovation-une-force-motrice-complexe-et-ambigue\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[5,26],"class_list":["post-20","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-change-management","tag-innovation","tag-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":69,"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20\/revisions\/69"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aublet.eu\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}